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Classification des pneumopathies interstitielles diffuses idiopathiques utilisant l’autoanticorps anti-myxovirus resistance protein 1

2.01
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Fibrose pulmonaire idiopathique: diagnostic

Le diagnostic nosologique des pneumopathies interstitielles diffuses (PID) idiopathiques peut s’avérer difficile. L’objectif de cette étude était de rechercher des biomarqueurs comme les autoanticorps, pouvant améliorer la distinction entre les différents types de PID.

Cette étude japonaise s’est déroulée en 3 étapes. Dans la première partie, 48 patients ont été analysés, dont 10 avec une fibrose pulmonaire idiopathique (FPI), 8 avec une pneumopathie interstitielle non spécifique (PINS), 10 avec une sarcoïdose, 10 avec une protéinose alvéolaire auto-immune, et 10 sujets contrôles sains. Un large panel de protéines a été utilisé pour détecter les auto-anticorps dans le sérum des patients. Plus de 40 protéines avec un pouvoir antigénique spécifique ont été mises en évidence pour chaque type de PID, sans chevauchement significatif entre les voies dans lesquelles elles sont impliquées, suggérant un profil sérologique distinct entre les différents types de PID. L’auto-anticorps anti-myxovirus 1 (MX1) était présent de manière très élevée chez les patients avec une PINS, contrairement aux patients avec FPI. La présence de cet auto-anticorps a été confirmée in vitro par immunoprécipitation du sérum de patients atteints de PINS avec des cellules HEK293 exprimant MX-1, contrairement à l’absence de d’immunoprécipitation avec le sérum des patients atteints de FPI et les sujets contrôles. La présence de MX-1 dans le poumon a été confirmée par immunohistochimie.

La deuxième partie a consisté en l’analyse sérologique de 114 patients atteints de PID sur une période de 8 mois en 2014. Vingt patients (17,5%) avaient des auto-anticorps (IgG, IgM ou IgA) anti-MX1 positifs, tous avec un diagnostic excluant une FPI. Sept de ces patients remplissaient les critères d’IPAF (interstitial pneumonitis with autoimmune features). La présence d’anticorps anti-MX1 était associée au sexe féminin et à l’absence de prédominance basale et de distribution périphérique des lésions radiologiques.

La troisième partie de l’étude a consisté en l’analyse du pronostic des patients avec des anticorps anti-MX1 positifs. Une étude rétrospective cas-témoins a été réalisée entre 2005 et 2009 chez des patients atteints de PID idiopathique. 84 patients étaient classés en non-FPI, dont 20 patients (24%) avaient des anticorps anti-MX1 positifs. La survie des patients avec des anticorps anti-MX1 positifs était supérieure à celle des patients sans ces autoanticorps, mais de manière non significative. Cependant, après ajustement sur l’index GAP (gender, age, physiology), la survie était significativement supérieure chez les patients avec des anticorps anti-MX1 positifs (environ 60% à 5 ans), comparativement aux patients sans ces autoanticorps (environ 25% à 5 ans).

Cette étude a permis de déterminer, grâce à l’utilisation de plus de 8000 autoanticorps, des profils sérologiques distincts entre les différents types de PID, et notamment entre la FPI et la PINS. Les patients avec des anticorps anti-MX1 positifs étaient majoritairement de sexe féminin, avec des caractéristiques radiologiques incompatibles avec une FPI, comme l’absence de prédominance basale et périphérique des lésions. Ces patients avaient un meilleur pronostic que les patients sans anticorps anti-MX1. Il n’y avait pas d’association significative entre la présence d’anticorps anti-MX1 et le diagnostic d’IPAF. MX1 est une protéine anti-virale induite par l’interféron mais le rôle des anticorps anti-MX1positifs dans la physiopathologie moléculaire des PID n’est pas élucidé. A noter que dans cette étude, la présence d’anticorps anti-MX1 et d’anticorps anti-synthétases était mutuellement exclusive.

Les résultats de cette étude ont montré la présence d’un nouvel auto-anticorps anti-MX1 spécifique des PINS, pouvant constituer un argument diagnostique supplémentaire dans la classification des PID idiopathiques, et ouvrir de nouvelles perspectives dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques des PID en intégrant la relation entre infections virales et auto-immunité. Ces données nécessitent d’être confirmées avant de pouvoir être appliquées en clinique.

Reference

Classification of idiopathic interstitial pneumonias using anti-myxovirus resistance-protein 1 autoantibody.
Hamano Y, Kida H, Ihara S, Murakami A, Yanagawa M, Ueda K, Honda O, Tripathi LP, Arai T, Hirose M, Hamasaki T, Yano Y, Kimura T, Kato Y, Takamatsu H, Otsuka T, Minami T, Hirata H, Inoue K, Nagatomo I, Takeda Y, Mori M, Nishikawa H, Mizuguchi K, Kijima T, Kitaichi M, Tomiyama N, Inoue Y, Kumanogoh A.
Sci Rep. 2017. 7:43201.

Auteur

Nader Chebib