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Influence de la longueur des télomères sur la dysfonction chronique du greffon et la survie post-transplantation pour fibrose pulmonaire

2.01
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Fibrose pulmonaire idiopathique: traitement

Plusieurs études, dont une française (Borie R et al, J Heart Lung Transplant 2015;34:538-46) ont montré que les patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) et porteurs de mutation des gènes du complexe de la télomérase, présentent un taux élevé de certaines complications après transplantation. Toutefois, très peu d’études se sont intéressées à l’évolution clinique après transplantation en fonction de la longueur des télomères des leucocytes circulants, et on ne dispose pas de facteurs prédictifs de l’évolution après transplantation dans ce contexte.

Les auteurs ont conduit une étude de cohorte observationnelle monocentrique de tous les patients qui ont subi une transplantation pulmonaire pour fibrose pulmonaire entre janvier 2007 et décembre 2014. La longueur des télomères a été mesurée sur les leucocytes du sang périphérique recueillis avant la transplantation pulmonaire. Les patients ont été stratifiés en deux groupes selon la longueur des télomères (< 10ème percentile vs ≥ 10ème percentile). Le critère principal de jugement était la survie post-transplantation pulmonaire. Les autres critères étudiés étaient l’incidence de la dysfonction chronique du greffon pulmonaire (CLAD), la dysfonction d’organe non pulmonaire, et l’infection.

Approximativement 32% des sujets avaient une longueur de télomères inférieure au 10ème percentile. Une longueur de télomères < 10ème percentile était associée à une moindre survie globale après transplantation (hazard ratio 10,9 ; intervalle de confiance à 95% : 2,7-44,8, p = 0,001). Les télomères courts étaient aussi associés de façon indépendante à une durée plus brève de survenue d’une dysfonction chronique du greffon (hazard ratio 6,3 ; 95 intervalle de confiance à 95% : 2,0-20,0, p = 0,002). Une dysfonction primaire du greffon de grade 3 survenait plus fréquemment dans le groupe < 10ème percentile que dans le groupe ≥ 10ème percentile (28% vs 7%; p = 0,034). Il n’y avait pas de différence entre les 2 groupes en ce qui concerne le rejet aigu cellulaire, les cytopénies, l’infection, ou la dysfonction rénale.

Cette étude a montré que des télomères courts (< 10ème percentile) sont associés à une survie plus courte et une durée plus brève de survenue de dysfonction chronique du greffon pulmonaire. La longueur de télomères pourrait donc représenter un biomarqueur aidant avant transplantation à la stratification du risque chez les patients atteints de fibrose pulmonaire.

Ces données sont importantes pour la transplantation pulmonaire pour fibrose, et concernent de nombreux patients. En effet, si les mutations du complexe de la télomérase sont relativement rares, les télomères courts sont fréquents dans cette pathologie, présents chez 40% des patients atteints de FPI familiale et 25% de ceux avec FPI sporadique. Les taux de cytopénie n’étaient d’ailleurs pas plus élevés chez les patients dont les télomères étaient courts que chez les autres, confirmant que la longueur des télomères et les mutations de la télomérase ne sont pas associées aux mêmes risques post-transplantation. Le lien entre télomères courts et dysfonction chronique du greffon n’implique pas une relation de causalité, bien qu’un lien ne puisse pas être exclu (notamment par l’intermédiaire des infections respiratoires, plus fréquentes chez les sujets à télomères courts). 

Reference

Telomere length in patients with pulmonary fibrosis associated with chronic lung allograft dysfunction and post-lung transplantation survival.
Newton CA, Kozlitina J, Lines JR, Kaza V, Torres F, Garcia CK.
J Heart Lung Transplant. 2017 Feb 4. pii: S1053-2498(17)31352-9. doi: 10.1016/j.healun.2017.02.005. [Epub ahead of print]

Auteur

Vincent Cottin